25 février 2012

le sens du local


Locus solus
L'idée principale du solomo vient celle de l'importance du local dans le nouveau web, ce web mobile et social, qu'on tient à la main. On ne s'arrête que rarement sur sa signification.  L'internet local  se centre sur le lieu, le moment et son voisinage. 

Il renseigne sur les horaires de cinéma,  le nombre de places de parking disponibles, les horaires de la pharmacie de garde, il checke les restaurants à deux pas, il dialogue avec des bornes urbaines, défile la liste de course sur le caddy, il gère les points de fidélité au contact de la caisse, il avertit de l'état du trafic et de la météo.  Il semble être de plus en plus présent et domine peut être l'espace de nos écrans.

Une première explication consiste dans une évolution de la population. A force de toucher un nombre de gens croissant, l'internet change dans la structuration des activités principales. Au début quand le web était l'affaire des plus riches, des plus éduqués, de ceux qui avaient le plus d’intérêt, l'offre s'est constituée sur la base d'un réseau de sites encyclopédiques, de catalogues, de quelques journaux et de portail facilitant l'accès à de nombreux documents. Ces sites œuvre comme des ponts entre ceux qui à travers le monde partagent le même intérêt.  En grandissant, la toile s'est peuplées de millions de fenêtres dont l'accès est permis par les artères des moteurs de recherche. La nature de l'information proposée est largement statique, la connaissance qu'elle offre est générale, et son usage est faiblement liée à aucun contexte d'utilisation.

La seconde vague du web accompagne et entretient la croissance des taux de pénétration et révèle les attentes des nouvelles populations concernée par l'internet : une attente de socialisation, d'interaction avec les autres : les plateforme qui émergent et dominent sont celles du social. Elles réunissent des réseaux de personnes, les contenus perdent de leur systématique, ils se présentent comme le flux contingent des relais et des productions de nos voisins. La source d'information qui était délocalisée est relocalisée.

Avec le mobile c'est une autre population encore qui est atteinte : celle qui ici et maintenant, là où elle a besoin d'information sur ce là ou elle est. Et cette population cherche des horaires de trains, les heures d'ouvertures de la pharmacie de garde, une adresse, cherche à s'orienter..C'est l'usage de l'information qui à son tour est relocalisé. Le rôle des applis et des apps markets est essentiel. Leur usage s'appuie sur un principe de proximité, la géolocalisation est la clé de recherche. C'est un nouveau web qui prend le visage de l'environnement proche.

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Cette analyse en terme de superposition de populations dont les comportements son différents est cependant incomplète, car elle ne tient pas compte de la superposition des offres. 

Si la première génération d'internautes ( les 30%) privilégiait une recherche d'information délocalisée (le catalogue digital est partout et nul part, consultés de partout) c'est aussi qu'elle n'avait pas le choix. Naturellement à partir du moment où elle a pu disposer des plateformes sociales, une partie de leurs activités s'est déplacée et que leur activité globale a augmentée. Les nouveaux venus, s'ils ont fait connaissance avec le web d'abord par les messageries et les réseaux sociaux, et en font désormais leur point d'entrée, acquièrent aussi les anciens usages. 

Aujourd'hui en s'équipant de terminaux mobiles, le même phénomène se produit. Pour beaucoup c'est par l'usage des applications, et bientôt les interactions avec les multiples machines distribuées dans l'espace (automate, caisses, panneaux digitaux..), que passe l'usage du net.

Le test de cette hypothèse de changement de population mérite une analyse plus affinée qui requiert de suivre des cohortes. IL n'est pas sur que de telles études aient été entreprises et le lecteur qui en connaîtrait l’existence est aimablement invité à en faire part dans les commentaires. 

Source
Mais il y a cependant quelques indications. A ce moment de l'histoire où le taux de pénétration de l'internet croit presque linéairement dans le monde pour arriver au stade où plus d'un tiers de la population mondiales est connecté, le modèle américain d'usage donne quelles indications. Si la pénétration de l'internet est de 80% toutes catégories d'usage confondus alors que 76% le sont à la maison, c'est qu'une part de ceux qui se connecte le font au travail ou ailleurs. On remarquera avec attention cet accroissement des autres lieux qui incluent sans doute les situations de mobilité - un taux de pénétration de 32% est enregistré, et surtout l'accroissement substantiel - il double en 10ans -  du temps passé sur les écrans.   A l'évidence chacun des lieux réclame une information différente pour des usages distincts. La diversification des usages en accroît le volume et la diffusion.

La dimension locale de l'internet se serait donc développée par de nouvelles populations d'utilisateurs, et l'accumulation des usages. Elle implique une transformation dans la localisation des sources d'information et de son usage. De ce double critère on en déduit une typologie des espaces internet. Si le premier aujourd'hui s'est largement structuré autour des moteurs de recherches, trois autres sont en plein développement. Le web social poursuit le développement de sa couverture et connait un nouvel essor avec les mobiles. Le web serviciel, moins médiatisé, poursuit lui aussi son développement. Un web local, voir hyperlocal,  est en train de se structurer autour des techniques de géolocalisation. De nouveaux espaces et de nouveaux modèles d'information qui se superposent.

14 février 2012

Facebook - et nos dividendes?


Facebook entre en bourse et la question qui se pose est celle de l'atteinte ou non d'une valorisation à 100 milliards de $. Accessoirement, celle de l'enrichissement de sesinvestisseurs.

Le modèle connu sous le terme de crowd-sourcing, ou d'UGC, est en suivant l'analyse de de George Ritzer une forme nouvelle d'exploitation capitaliste. Non pas par l’appropriation de la valeur crée par les ouvriers, mais par celle des consommateurs.

Non content de payer la taxe de l'intrusion (être exposé à des publicités que nous ne souhaitons pas), ce sont les données que l'on confie qui sont simplement appropriées par facebook (et les autres) et vendues sous la forme d'actions aux investisseurs (Et non! nos données ne sont pas revendues telles quelles).

L'idée de Ritzer n'est pas nouvelle. De pur consommateur il n'y en a pas eu toujours, Toffler en est l'inventeur. Que le consommateur participe à la production est à la fois le modèle historique, ne serait-ce que par l'auto-production, et un élément critique de la société de consommation dès les années 60. La nouveauté n'est plus seulement dans l'organisation physique de la consommation : le chariot que l'on pousse, l'article que l'on scanne, le plateau que l'on jette à la poubelle, l'essence que l'on verse dans le réservoir, le billet de train que l'on sélectionne sur un automate. La nouveauté est que cette participation à la production, mais aussi à la conception, peut se partager avec les autres. Et cela d'autant plus facilement que le produit de cette participation prend la forme d'un bien public : sa consommation n'est ni exclusive, ni rivale.

Dans cette nouvelle configuration, le consommateur est toujours ce prosumer (ou produmer ou consommacteur ou coconcepteur ou coproducteur), mais ce qu'il produit est absorbé dans des plateformes géantes qui en assurent la logistique et partagé avec les autres. Facebook n'est qu'une des formes les plus abouties pour la capacité d'agréger un volume considérable de production. Il s'avère désormais que ce volume d'information prend une valeur considérable sur les marché.

Une question d'importance serait de discerner quelle est la part de valeur qui vient de l'infrastructure, et quelle est la part de ce qui vient des données. Si cette dernière représentait, disons la moitié, un véritable problème de droits aux fruits de cette valeur.

On comprend le changement, qui ne vient pas tant de l'activité des consommateurs, ils sont nombreux ceux qui font des phots, écrivent des poèmes, collectionnent les timbres, réalisé des vidéos, annotent des livres, critiquent des films. Ils le faisaient avant le crowd-sourcing, le neuf est que ce qu'is abandonnaient à l'usage gratuit de leurs proches est transformé et approprié par le capital, et un peu avant par les plateformes. Le prosumer ne se contente plus de partager les coûts de production avec la marque, il lui abandonne la plus-value de sa propre création, la valeur monétaire de son apport en capital physique.

On peut imaginer que d'autres modèles émergent, qui conçoivent un partage de cette valeur en rémunérant les contributeurs. Puisque la procédure d''inscription identifie clairement les membres d'un réseau, qu'il semble relativement facile de mesurer la quotité de contributions de chacun, on peut aisément répartir une part déterminée des dividendes. C'est assurément une mesure authentiquement socialiste par ces temps libéraux auxquels les consommateurs ne souscrivent plus. Ce pourrait être une initiative libérale : quelle serait le choix des consommateurs entre deux plateformes équivalentes à tout égard excepté que l'une d'elle rende la valeur à ceux qui en sont la source ? Imaginons qu'un autre Facebook grâce aux contributions de ses membres décide de reverser la moitié de sa valeur au 200 millions de ses meilleurs membres, cela représenterait une valeur de 100 euros pour une capitalisation à 20 milliards ! Des cas de cette taille sont bien sur rares, et c'est sans doute d'un facteur cent fois moindre que ce capital peut être valorisé. Le prosumer ne fera sans doute pas fortune mais si un droit lui est reconnu !

De fait le tour de magie vient du renoncement des internautes. Dans d'autres cas les pièces jaunes que nous négligeons font le bien d'oeuvres caritatives. Mais ce processus de valorisation d'un bien public fait de facebook plutôt une nouvelle Générale des Eaux ( les utilities fonctionnent finalement de manière identique : ce n'est pas l'eau qui est vendue, elle est est un bien public, mais son acheminement). L'eau que Facebook conduit n'est cependant pas naturelle. Elle est plus proche des ordures ménagères que nous abandonnons et dont les récupérateurs se font le plaisir et le bénéfice d'en extraire les matières les plus précieuses.

Sans céder à l'utopie d'une autre économie, on peut au moins remarquer que dans cette perspective, l'enjeu clé réside dans le droit de propriété associées aux données* et de ce à quoi ils laissent prétendre. Plus encore dans la prétention à ces droits. Sur le marché des déchets, le consommateur-destructeurs est parfois payé (c'est le cas des consignes), le plus souvent il paye.

Cette double comparaison renforce l'idée de la place très particulière qu'occupent les médias sociaux dans nos société. On paye le plus souvent le ramassage de nos ordures ménagères par une taxe, et quand on nous débarrasse gracieusement de nos meubles et autres souvenirs nous abandonnons généralement la valeur résiduelle à des charités. Quand à l'eau qui irrigue nos maisons, même si nous en payant une facture calculée par une métrologie précise, c'est son transport qui est réglé. Un rôle de régisseur que la collectivité charge de gérer le bien collectif, et qui s'en accaparerait les recettes. Un garde chasse qui  en viendrait à braconner.

On devine que la morale a des intérêts dans cette question. On peut s'interroger sur la compétitivité d'un tel modèle que concurrencerait un modèle à droit de participation ( même partielle). Pour revenir à la thèse ancienne de Ritzer, et à cette interrogation sur la notion de consommation, l'introduction de FB en bourse, nous invite à en repenser la nature.

Le consommateur n'est pas seulement celui qui détruit pour satisfaire un besoin ou un désir personnel le produit d'un industrie, il en est aussi le producteur. Le consommateur n'est pas qu'un acheteur, ou du moins il n'achète pas seulement avec de la monnaie, en plus de sa contribution en travail, il peut contribuer en prêtant son attention – c'est ce vieux modèle de la publicité, et désormais avec le fruit de ses libéralités. Le consommateur désormais est un contributeur au capital.  Malheureusement il n'en touchera pas les dividendes.

* en l’occurrence si nous avons un droit de contrôle et de rectification sur nos données personnelles, que nous puissions en autoriser ou non la diffusion, ces données restent publiques.

2 février 2012

Note de lecture


Exile on Main St
Dans notre compréhension des espaces digitaux il faudra se remettre à la lecture et à ses théories. Se rappeler aussi une histoire merveilleuse écrite par Manguel ou Chartier, du passage de la lecture à haute voie à celle du silence. Il faudra se  pencher sur l'appareillage des notes, les références bibliographique, les coins écornés, les marges annotées. Lire n'est pas l'évidence des yeux qui suivent les lignes, ils en sautent et reviennent en arrière.

Qu'on comprenne qu'un document aujourd'hui se compose du texte, des méta-données qui le référence, mais aussi des annotations dont on rêve qu'elle s'accroche au fil des pages à la manière de Souncloud où les commentaires s'épingle sous la ligne du son. Il n'est jamais eu de texte isolé, et la lecture s'est toujours faite en collaboration.

Une observation. Deux cas parmi des proches. Suscitée par un livre : les mémoires de Keith Richard. Les deux personnes ont adoptée une lecture particulière de cette histoire touffue dont la densité des anecdocte en fait l'index d'une histoire écrite ailleurs. Et cet ailleurs est youtube. Chaque page lue fournissant les mots-clés pour retrouver la forme vivante des anecdocte, leur pendant presque réel des images vidéos. Passant du livre à l'écran pouvoir projeter les images du livre en dehors de l'ecran du cerveau. C'est sans dire que l'aller et retour du livre à l'écran est ponctué de partages. Facebook ou Twitter. Donner à son entourage des fragments de nos plaisirs et de nos découverte.

Il est bien d'autre cas où l'interaction de la page et de l'écran manifeste une fructueuse collaboration.  Celui-ci à l'avantage de montrer une chose de plus. La subtilité de cet expérience réside en fait dans une forme d'écriture. C'est la manière même de rendre compte de son histoire et de son objet qui incite à la recherche :

« Le premier 45 tours est sorti rapidement après la signature du contrat. Tous se comptait en jour pas en semaines. On avait fai t un choix délibérément commercial : « come on » de Chuck Berry. Je ne pensais pas que c'était ce que nous pouvions faire de mieux, mais j'étais certain que ça allait laisser une marque» p115 - Keith Richard, Life.




Les livres sont des nœuds, les fragment de texte sur le net le sont aussi. Et la lecture est cet art de jouer avec les nœuds, s'arrêtant sur l'un pour mieux repérer les autres. Ce qui change dans nos lectures est qu'un lien suffit pour glisser d'un texte à l'autre, le commentaire prend de l'importance au regard de la lettre. Le texte qu'on sors du rayonnage est encore lié à ses voisins. Ce qui s'ajoute est que la lecture silencieuse des autres, qui rarement se traduisait par une annotation, aujourd'hui prend de la couleur et tapisse le fond de nos lectures d'une sorte de choeur.

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