6 mai 2012

#Icilondres..culture et convention


#radiolondres..
L'observation quotidienne est sans doute insuffisante pour rendre compte de la réalité des médias sociaux, il y a cependant des événements qui sont frappants. Les #, TT et RT font émerger des figures stables autour desquelles s'organisent l'actualité, font figure de point de ralliement et de pivot dans la danse incertaine des informations. Une variante d'actualité se manifeste encore aujourd'hui avec le hashtag #radiolondres, délicieuse invention qui condense l'esprit de résistance, le jeux des frontières, déjouant les interdits et réduisant l'angoisse d'un résultat espéré mais pas encore obtenu. Souvenons-nous que les théories de la rumeur s'ancrent dans l'incertitude.

L'observation est que si la technique met à disposition des fonction : le # pour marquer des mots-clés, le RT pour retransmettre sans peine les message, le twit trend pour identifier ce qui dans l'instant marque l'attention, le contenu est défini par la foule.

Il y a un an, les révolutions du printemps arabes ont pris dans leur intensité et leurs formes l'empreinte de ces médias, et depuis la foule a appris. Un des twits qui circulaient avec le plus d'obstination était une variante celui-ci. Chacun l'entend avec clarté, il est presque inutile d'en faire le commentaire : les dictateurs sont des programmes qu'on installe ou désinstalle comme si au fond c'est à la volonté de l'usager, la volonté populaire, que tiennent les institutions. Une image vaut mieux qu'un long discours, dit-t-on. Cette analyse appartient aux sémiologues de quartiers, elle est interprétation de signe, et sa rigueur est fragile. Mais le phénomène ce reproduit encore et encore.

Nous voudrions analyser différemment ce signe en faisant appel à la notion économique de convention : Elle désigne, comme le rappelle André Orléan « une régularité de comportement R au sein d’une population P telle que : (1) tous les membres de la population se conforment à R ; (2) chacun croit que tous les autres membres de P se conforment à R et (3) trouve dans cette croyance une bonne et décisive raison pour se conformer à R ; (4) par ailleurs, au moins, une autre régularité R’ vérifiant les conditions précédentes aurait pu prévaloir. On trouve cette définition de la convention, par exemple, chez Robert Sugden : « Quand nous disons qu’une manière de faire est une convention au sein d’un groupe, nous voulons dire que chacun dans ce groupe, ou presque chacun, se conforme à cette manière de faire. Mais nous voulons dire plus que cela. En effet, chacun dort et mange, sans que ces pratiques soient des conventions. Quand nous disons qu’une manière de faire est une convention, nous supposons qu’une partie au moins de la réponse à la question : « Pourquoi chacun fait-il R ? » se trouve dans : « Parce que tous les autres font R ». Nous supposons également que les choses auraient pu être différentes : chacun fait R parce que tous les autres font R, mais il aurait pu arriver que chacun fasse R’ parce que tous les autres avaient fait R’ » (Sugden, 1986, 32).

Cela nous permet de mettre en évidence un élément essentiel de la dynamique des réseaux : il n'est pas d'ordre qui puisse surgir du bruit sans coordination. Mais cette dynamique repose le problème peut-être écarté trop rapidement par les conventionnalistes : la genèse de ces conventions. L'observation aussi faible soit-elle comme méthode, permet cependant de suggérer une hypothèse : c'est dans l'imaginaire que les éléments de la conventions se forment, et à ce titre elles doivent être considérées comme des productions culturelles. Des productions particulières car en gagnant une fonction sociale, celle de participer à la coordination des décisions sociales, elles acquièrent une valeur institutionnelle.

Le "uninstall" n'a certainement pas une origine unique, dans les cybercafé de Tunis, et la culture geek des  jeunes arabes frustrés de parole politique la métaphore était sans doute évidente. Dans une France inquiète et ironique, menacée par l'occupation intérieure et l'inversion de ses valeurs, on peut comprendre que les mythologies de la résistance aient fait naitre ou renaître une voie d'ailleurs.

De manière surprenante ce ne sont pas les slogans qui rassemblent mais des signes, signifiant certes, mais assez arbitraire au sens d'accidentel, qui condensent un ensemble vaste et finalement imprécis de significations. En limitant l'analyse aux actions observées dans les réseaux sociaux, on observera que ce signe s'est formalisé dans l'usage du hashtag. Le hashtag est par définition une convention. Il coordonne les flux d'information, sa forme est indéterminée mais une fois adoptée elle est valable pour tous.

L'empirique cependant pose celle question de la détermination. Nous les voyons apparaître en quelques jours ou même quelques heures, et à l'évidence leur apparition résulte résulte de processus d'imitation, de diffusion, de reproduction. Ce sont des mêmes qui semble apparaître dans une dynamique écologique et génétique. Si leur choix est indéterminé pour la bonne raison que leur diffusion répond à une logique de système dynamique, celle de processus darwinien de variation (les tags ont souvent plusieurs variantes ne serait que celle de la langue #12feb ou #feb12 et #12fev), de sélection et de reproduction (l'action du reetweet RT). L'indétermination n'empêche pas de s'interroger sur les mécanismes à la fois de variation et de sélection. Ces mécanismes manifestement sont une reconnaissance sémiotique, d'images profondément enracinée dans l'imaginaire culturel.

Le processus qui favorise la variation est fondamentalement créatif. Celui qui en favorise la sélection doit  sans doute au sens de la formule, à  la maitrise de la syntaxe aussi, un art que certains maitrisent mieux que tous mais qui retire son matériau de l'imaginaire social. Le processus de sélection se tient dans la décision des individus  : diffuser ou non le message. Cette décision tient d'abord dans un effet récursif : les twits les plus retwittés ont plus de chance de l'être à nouveau, car il sont simplement plus fréquents que les autres donnant plus d'opportunité de l'être à nouveau. Elle reste cependant une action individuelle. Chacun devant sa machine, lisant le texte des autres, choisit ou non de rediffuser. Cette décision se forge essentiellement dans le sens donné au signe. Et ce sens se construit dans l'imaginaire de l'on porte, confrontés à nos croyances, ce sens produit des émotions, des sentiments, une prédisposition à l'action, des interprétations.Dans un second temps sans doute, une fois légitimisé, le signe s'imposent à tous, y compris à ceux qui n'en partagent les valeurs.

Dans ce triple mouvement de variation/création, reproduction/rediffusion, sélection/interprétation c'est un laboratoire de transformation de l'imaginaire en éléments culturels qui se constitue. Mais le remarquable est que ce même processus, transforme l'élément culturel en convention. Est-ce une question de degré? Quand la forme atteint un niveau de diffusion élevée ne signe n'est plus l'objet d'une interprétation et d'une délibération quand à sa rediffusion ou son altération, il apparaît comme une règle à laquelle on s'ajuste, le sens compte moins que la fonction de coordination. Il devient conventionnel.

2 commentaires:

Christophe Benavent a dit…

PS à 16h manifestement ce n'est plus #radiolondres mais #bastille en TT. Serait-ce que l'incertitude est réduite?

dominique roux a dit…

Le PS est de circonstance
Et j'ai bien aimé ce post !