30 mars 2012

La centimètrique de l'engagement social


Not friend on ur facebook
L'idée d'engagement au début de cette décennie s'impose à la fois comme un objectif prioritaire et une mesure de performance. Cette idée trouve une matière naturelle dans l'espace des réseaux sociaux. On peut l'exprimer simplement comme l'idée qu'il ne suffit pas d'attirer l'attention, ni même d'entretenir une certaine affection, mais qu'il est désormais nécessaire de transformer les meilleurs supporters en militant. Le client engagé est celui qui au-delà d'acheter se met à vendre.

Cela se comprend dans la mesure où il ne s'agit plus seulement de dépenser plus que les autres pour se faire entendre, mais d'enrôler plus de supporters pour faire vivre plus largement sa voix que les autres. La cause est entendue : dans un espace dont le coût ne fait que s'accroître autant profiter de relais que l'on ne paye pas encore. C'est encore plus une question de crédibilité. Pour mesurer cet effets, de multiples indicateurs sont proposés depuis quelques années. On trouvera ici les principales mesures

Des chiffres commencent à émerger et ils se rapportent essentiellement à corrélation présumée entre la taille de l'audience le taux d'engagement (rapport des acteurs sur le nombre de membres. Social bakers suggère une relation inverse : les pages de fans les plus populeuses enregistreraient le taux d'engagement le plus faible. C'est un fait qu'on comprend aisément : à mesure que l'audience croît la proportion  de consommateurs actifs et interactifs croit moins vite. Mais c'est un résultat qui aussi va contre une des loi les plus anciennes de la publicité : celle du mere exposure effect :  la répétion des messages conduit à leur plus grande persuasion. On pourrait s'attendre à ce que les marques qui conquièrent une audience large puissent aussi conquérir une audience plus engagée. Le phénomène du double jeopardy défend ce point de vue. A moins que le marché ne soit pas encore assez mur.

On notera au passage le caractère centimètrique de l'engagement. Les pages de fan ne sont pas si sociales. L'audience active ne représente qu'un millième de l'audience acquise. C'est plutôt millimètrique! Mais n'en soyons pas étonné, c'est un des effets de la loi de la participation (1-9-90).

En regardant de plus près les choses il s'avère cependant de la corrélation entre l'audience et l'engagement est faible et même nulle en témoigne cette absence de corrélation qui concerne les marques les plus actives dans les réseaux sociaux. Cette absence de corrélation peut signifier des choses très différentes :
  • que des marques font un effort exagéré pour recruter des fans et donc emportent des consommateurs peu concernés
  • Qu'à l'opposé certaines ne faisant aucun effort concentrent dans leur pages des consommateurs très impliqués
  • Que d'autres font des efforts de recrutement modérés et emmenant dans leurs troupes une proportion raisonnable de consommateurs réellement engagés bénéficient de leurs effets de conviction.
Il en résulte que le taux d'engagement en-soi ne signifie pas grand chose et qu'il faut trouver d'autres méthodes pour en déterminer l'efficacité. Sans doute les approches DEA permettraient de mieux cerner l'efficacité relative des campagnes : elle s'appuie moins sur des moyennes et des régression que sur l'enveloppe : cette frontière que dessinent les points extrême. 

La réflexion sur l'engagement ne peut s'en tenir uniquement au point de vue des marques et de leur canal d'émission. Il faut aussi considérer le point de vue des consommateurs. Une étude de Mickael Muller (2012) donne de ce point de vue un éclairage particulièrement intéressant. Une première idée est que l'engagement est un trait de personnalité. Ceux qui participent et s'engagent le ferait alors systématiquement, quelque soit les canaux. Il s'avère que la corrélation entre le degré d'engagement dans un canal n'est pas corrélé au degré d'engagement dans plusieurs canaux. Une seconde idée est que l'engagement est le fruit d'un apprentissage , ce qui correspond à la théorie des étapes de l'engagement. Malheureusement l'étude montre que le taux d'engagement ne s'accroit pas dans le temps.C'est la théorie de l'engagement qui s'avère la plus probable : les contributions procède d'un engagement, au sens psychologique, envers la communauté, d'une prédisposition.

C'est donc vers une théorie largement contingente qu'il faut s'orienter : elle doit prendre en compte la nature des supports et le coût de l'engagement qu'ils induisent, l'objet de l'engagement et la motivation qu'ils suscitent, les effets de mimétisme - on contribue d'autant plus facilement que d'autres l'on fait, et naturellement des prédispositions et des situations. 

Pour en revenir au très discuté taux d'engagement, ce qu'il mesure en fait est profondément ambigu : faible c'est qu'il est plus sensible à l'engagement des lurkers (veilleurs), quand il est élevé à celui des contributeurs. L’ambiguïté est que ces deux comportements reflète en fait deux formes distinctes mais égales d'engagement. La seconde plus aisément mesurable dominant les débats. La véritable question est donc de savoir qui parmi ceux qui ont liker une fois, ou se sont abonnés à un fil twitter, maintiennent au cours du temps une attention aux messages de l'émetteur, leur silence ne doit pas forcement être confondu avec un désintérêt.

PS : On en discutera de manière plus approfondie au salon stratégie client le 5 avril 2012 avec Synthesio, Acticall et Dimelo.

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