4 juin 2011

8ème Contecsi : et si le net entrait dans l'ère du mensonge?

Todo es mentira
Le 8ème Contecsi vient de s'achever dans un bel automne Brésilien. Ce rendez-vous auquel Paris Ouest a participé était naturellement marqué par les réseaux sociaux. Joey George de l'Université de Floride et président de l'AIS en a donné la conférence inaugurale en évoquant une question importante : comment dans les relations interculturelles et à travers les médias on peut détecter les mensonges. Deux grands résultats se sont imposés. D'abord l'asymétrie entre la capacité de détection du mensonge et celle de la vérité : quand la première est détectée dans 35% des cas, la seconde l'est dans 80%. On reconnaitrait mieux le vrai que le faux. Ensuite, la force de l'échange vocal qui rejoint en terme de performance le face-à-face qui reste l'étalon. Est-ce une question d'engagement?

Naturellement le congrès avec ses 500 participants du brésil, d'Amérique du sud, d'Asie et Europe a au cours des sessions parallèle abordés de bien nombreux autre sujets. Mais à l'heure où l'internet prend un nouvel élan avec les réseaux sociaux et la marée à venir du mobile, à l'heure où plus que jamais la confiance est le préalable à l'échange utile d'information, c'était une belle manière de souligner que le monde du big data et de la surcharge informationnelle n'a de sens que si l'information produite et reproduite à défaut d'être vraie est au moins sincère. La quantité ne suffira pas elle doit aussi être précise, juste, honnête pour être utile.

Les exemples ne manquent pas. Les faux commentaires en sont un des aspects les plus spectaculaires. Mais les ages déclarés sur les réseaux sociaux, les tailles et poids dans les sites de rencontre, même les préférences déclarées dans les formulaire d'enquêtes, en sont d'autres manifestation. Sans compter les canulars et autres fausses informations que traquent certains certains sites et certains chercheurs. Quelle est la proportion de trucage et de supercherie ? Quelle vérité dans les données?

Le mensonge de plus est un des moyens les plus simple de protéger son intimité. Tricher sur les questions, embellir un profil, masquer les défauts, l'ordinaire des ruses qui altère le vrai, risque donc au travers des réseaux sociaux d'accroître de manière considérable l'information trompeuse. La multitude des synonymes de la tromperie, telle qu'en témoigne la carte lexicale çi-contre, donne une idée assez profonde du goût humain pour le bluff et la feinte pourvu qu'il ne remette pas trop en cause l'idée de soi.

On comprend ainsi qu'à travers les canaux, la nécessité accrue de disposer de détecteurs et de méthodes de détection des filouteries. Des stratégies élaborées doivent être envisagées pour à la fois identifier les informations fiables, précises, valides, garanties et écarter les impostures et autres mystifications. Le mensonge est un vieux problème du marketing, celui de la publicité est étudié depuis bien longtemps, mais aujourd'hui à l'heure de l'UGC et du crowd sourcing, ses termes changent profondément.

Dans un monde où ne parlent qu'un nombre limité d'acteurs, la triche peut être circonscrite facilement par la loi, des agences d'évaluation, des règles de déontologie, la labelisation. Mieux encore le jeu institutionnel permet de distinguer les sources crédibles de celles qui le sont moins. On peut à juste titre faire varier le degré de confiance accordé à tel ou tel média : les messages publicitaires, l'opinion publique, et l'information vérifié et garantie sont assez clairement distinguée. Dans l'univers de l'internet où chacun peut écrire sans carte de journaliste, donner un avis sans être pondéré par celui des autres, quand les frontières des sources s'évanouissent, quand l'honneur mis en jeu est limité par des masques, il est nécessaire de reconsidérer la nature de l'information recueillie massivement.

Plus précisément ce qui est en cause est la pratique de l'écoute clients. Encouragée par tous, considérée parfois comme un substitut aux études classiques, sa valeur est liée à la sincérité des clients qui s'expriment. Que ce soit par le fait que certains modes de communication médiatisée par les ordinateurs engage moins ceux qui se déclarent, ou parce qu'exagérer le propos au minimum, et travestir sa pensée au pire, est aussi un mode d'action, cette sincérité doit être mise en toute. Le fan peut ne garder que les louanges et oublier les réticences, le déçu peut ajouter des défauts inexistants, et masquer ses contentements. C'est un enjeu méthodologique majeur : pouvoir distinguer le sincère de la dissimulation, le vrai du faux, le franc et le biaisé. On imagine aisément que cela passe par une évaluation des sources et le test des contenus. Il faudra le faire dans un environemment de big data.

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