31 juillet 2010

Le paradoxe facebook - addiction ou satisfaction?

Très récemment , Christian Barbaray de Init-conseil remarquait qu'alors que le demi-milliard de membres est dépassé par Facebook, l'entreprise recevait un des plus faibles scores de satisfaction.Le commentaire de Claes Fornell , l'inventeur de l'Acsi et l'auteur prolifique d'études sur la satisfaction et la relation client. , mentionne les controverses relatives à la protection des données, les changements fréquent d'interface et la marchandisation, comme raisons probables de cette faible performance.

Mais le fait est que la faible satisfaction s'accompagne d'une croissance rapide, même si au états unis le rythme faiblit , cette croissance s'obtient par la conquête des autres domaines linguistiques . Ce qui n'est pas étonnant, le taux de pénetration en amérique du nord étant de 35%.  .Cette faible satisfaction touche d'ailleurs l'ensemble des réseaux sociaux, à l'exception de Wikipedia.

Voilà qui conduit à une première hypothèse, celle que les sites de contenus créent plus de satisfaction que ceux dont le contenu est produit par les utilisateurs (UGC). Elle rassurera ceux qui considèrent que la production de contenu est affaire de professionnels, et de ce point de vue la presse on-line bénéficie de bons scores. Le contenu, c'est la qualité. Et la faible évaluation résulte sans doute d'une faible qualité. Mais voilà qui n'empêche pas l'usage et ne fait pas du New York Times le média le plus diffusé.

Que la qualité soit faible, que l'utilité soit marginale, dans l'usage des SI celà peut être contrebalancé si l'utilisation est simple. Et même si l'on ne trouve pas ce qu'on espère, la facilité d'emploi peut maintenir l'usage. C'est bien pour cela que chacun se désole du vide de la programmation télévisuelle en continuant d'appuyer sur la télécommande.

Ces deux arguments sont ceux du TAM. D'autres peuvent encore être employés, dans les années 2000 l'hypothèse expérientielle de l'absorption cognitive s'est imposée, d'autres parlaient de flow, elle introduit celle de plaisir, et semble d'autant plus importante que la compétence des usagers est faible.Quand on ne sait pas ce qu'on attend exactement difficile d'éprouver un sentiment de satisfaction, mais si la manipulation de l'objet est amusante, attrayante, distrayante l'usage se produit sans aucune utilité par seul plaisir du jeux. C'est bien ce qu'éprouve les utilisateurs du Ipad, dont la satisfaction vient d'abord du plaisir de la possession.

Mais ce qui nous semble le meilleur argument tient dans ce qui est spécifique aux réseaux sociaux et à facebook : sa normativité. L'incitation à l'usage vient de la sollicitation qu’exerce nos amis. Une sollicitation douce et continue qui explique à la fois la faible satisfaction, mais aussi l'addiction. Comme les jeux de hasards, qui ne peuvent jamais satisfaire ( on perd toujours plus ce que l'on gagne), chaque mise sollicite une espérance nouvelle, et l'insatisfaction loin d'être un frein devient la motivation qui n'est plus la recherche du plaisir mais l'adoucissement de la peine.  L'économie dans ce domaine a ouvert avec Gary Becker un champs important d'investigation : la théorie rationnelle de l'addiction.

Que la plateforme en soi est détestable, n'empêche pas que le flux des micro-gratifications génère une attente suffisante pour jouer à nouveau et encore. Mais le caractère normatif vient ici non pas du produit, ni de l'usage, mais l'incitation formée par nos proche. Pression sociale et mécanisme addictif de concert peuvent ainsi conduire à une utilisation étendue, sans qu'aucune satisfaction majeure ne soit obtenue.

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A lire aussi :
-Les fourmis de Facebook - I like Buttons...
-Les effets limités des médias sociaux
-Google trending : le marketing est-il en train de mourir?

12 juillet 2010

Temps réel, à chaud - #sarkozyshow


Je n'ai pas la TV. Juste suivre sur twitter le commentaire d'un émission dont je n'ai aucun détail. Moins pour écouter, comprendre et juger ce qu'un Président en difficulté politique a à dire, qu'à vivre l'expérience de ce qu'on désigne désormais comme un des médias en temps réel. Jouer aussi à ce jeu qui impose une analyse immédiate, ce n'est sans doute pas le meilleur moyen de trouver une vérité analytique, mais l'expérience fournit au moins des éléments de compréhension.

Alors aussi vite que la vitesse du flux, qui n'était pas aussi importante que ce à quoi on aurait pu s'attendre, en tirer des observations, qui ne peuvent être des conclusions.






  1. l'asynchronie curieusement est le premier élément qui saute au yeux, au bout de quelques minute on se rend compte que le rythme des réactions est moins dicté par le discours, que par la reprise de phrases clés. Le mécanisme du retweet rappelle plusieurs minutes après des formules prononcées, et ralentissent finalement le rythme du discours. Ceci est d'autant plus prononcé que le nombre des retweet est donné, donnant un rythme au flux des commentaires. Un effet d’agrégation qui ponctue le flux du récit, et clairement structure l'opinion.





  2. La polarisation est évidente, j'aurais tenté de changer de canal en changeant de hashtag, mais dans chacun des fils une opinion dominante apparaît. Aucune contraction. Ce soir c'est clair, sur les fil twitter les soutiens du président ont été absent, et un ton monocorde s'est établit : « il ment, il nous enfume, on n'y croit pas. » Cela est d'autant plus remarquable qu'à comparer avec une autre sorte de flux, celui que le service de RP du président a organisé sur sa page facebook, les opinions étaient plus diverses, pour éviter de dire nuancées. On ne peut croire que tous étaient contre, mais un mécanisme subtil a évacué ses défenseurs.





  3. La rhétorique est fondamentale, elle se joue en trois mots, le sophisme est magistral. Nous sommes dans l'art de la formule, et que le discours principal les énonce donne encore plus de force à ceux qui la détournent. Et le talent de la foule est grand, la formule ne se cisèle plus dans un cabinet, elle s'affronte à la foule, et surnage à coup de retweet. La rhétorique devient un produit darwinien.





  4. Le rythme est essentiel, j'aurai noté que pour un tel évènement il n'était pas aussi élevé qu'on aurait pu s'y attendre. Mais tout de même, je temps de survolé 20 messages, dix autres ce sont ajoutés. Cela crée un térritoire remarquable pour que l'attention sélective joue à plein. Nous ne pouvons lire, que ce qui correspond à ce que nous attendons.





  5. La polychronie est aussi essentielle, pour suivre un fil il faut se tenir à un mot-clé, le hashtag, et du même coup s'organise une compétition, suivons-nous #sarko, #sarkoshow,#sarkozy ou n'importe quel autre mots que les acteurs proposent, c'est un ton différent qui se présente. Ce soir j'avoue les différences étaient faible. Mais chacun de ces signe avait la valeur d'un drapeau.

En conclusion, bien provisoire, rien de neuf que la folie des foules et de ses passions. Juste cette plus grande radicalité que permet la transmission instantanée des messages. Si nous devons en comprendre mieux la logique c'est dans la physique des champs, celle des spins, que nous y trouverions une réponse. L'amplification est le maître mot, et pour les communicants reste une question essentielles : dans quelle mesure un germe peut modifier l'état de l'atmosphère? La question de communication est au fond de savoir si une seule formule du président aurait pu renverser l'état ( négatif) du champs.

L'heure passée dans l'opinion conduit à penser qu'il a aggravé sa situation. Il reste à savoir si une formule, une action, aurait pu précipité un changement de phase. Pour notre part nous pensons que oui. Les phénomènes de propagation et de renforcement étant si fort, qu'un message violent était nécessaire pour localement créer un état plasmatique, celui d'une indécision de l'opinion et pouvoir ainsi polariser differemment une fraction de l'espace de communication.

En l’espèce, l'annonce d'un changement de premier ministre. Le limogeage du ministre en charge de la réforme des retraite, l'annonce d'une campagne de contrôle fiscal sur les grandes fortune, quoique ce soit de violent, aurait pu sans gagner l'ensemble de l'opinion au moins éviter ce phénomène de gel.

Mais nous réagissons à chaud. Alors soyons prudent, ce qui semble avéré est que l'ère de l'immédiateté ne fait qu'accélérer ce que nous savons déjà des foules. Il leur manque l'épaisseur des émeutes, elles ont l'étendue des opinions.



ANNEXE :

les retweet que j'ai fait, dans la subjectivité et l’instantanéité de l'analyse, souvent stimulé par leur popularité.

  
#sarkozy #sarkoshow "il faut encourager le bénévolat" + "la France est en faillite" #illogique #arnaque#incohérent http://twurl.nl/57gek5 21 minutes ago via TweetDeck Retweeted by you and 1 other  
"Le CSA a valide le choix du gvrt " #Fail c'est celui de #Sarkozy 26 minutes ago via mobile web Retweeted by you and 3 others
P****** ! mais il nous prend vraiment pour des mongols, il repete tout a double #sarkozy #tocs 27 minutes ago via Twitterrific Retweeted by you
oué un nouveau fichier pour les mineurs ! #sarkozy 29 minutes ago via web Retweeted by you and 2 others
Reconquerir l'electorat ! RT @mtaieb: Si j'ai bien compris #sarkozy drague les vieux et puni les jeunes et les classes moyennes. #sarkoshow 30 minutes ago via UberTwitter Retweeted by you and 1 other
A lire #Sarkozy sur Twitter on se demande comment il a fait pour être élu en 2007. 33 minutes ago via Echofon Retweeted by you and 3 others
      
[Politix] #Sarkozy est un "chef d'équipe". Avec des Bleus brillants : Hortefeux, Bachelot, Amara, Blanc, Joyandet, Yade, Kouchner... 31 minutes ago via Seesmic Retweeted by you and 1 other
#sarkozy Dans ce monde nouveau, il faut accepter des chèques de 30 millions aux plus riches... 39 minutes ago via Twitter for iPhone Retweeted by you   
idem sur #sarkozy je cherche ses soutiens? 40 minutes ago via web

"moi j'admire le modèle allemand... Le modèle économique je veux dire" on a frôlé le point Godwin. #Sarkozy41 minutes ago via Echofon Retweeted by you and 2 others  
"j'essaie de dire la vérité" : "en tous cas la mienne" Ah bah voilà la première vérité de la soirée #sarkoshow 44 minutes ago via web Retweeted by you and 14 others
  
RT @tlanoy: Ma mère psy, neutre politiquement, écoute et regarde #Sarkozy et me dit : "Il ment" #sarkoshow#profiler about 1 hour ago via UberTwitter Retweeted by you and 9 others   
et depuis l'iPad il n'y a plus de mulot #sarkoshow 44 minutes ago via web Retweeted by you
Non mais il nous prend vraiment pour des jambons "on est dans le monde des ordinateurs" #sarkoshow#VGErevaïval about 1 hour ago via TweetDeck Retweeted by you
  
#sarkoshow je guette le tweet de soutien, il est n'est pas rare, juste absent 44 minutes ago via web   
J'en peux plus du mot "juste" dans sa bouche!! Ça me dégoute! #beurk #SarkoShow about 1 hour ago via Echofon Retweeted by you
  
On entend plus Sauvons la Recherche depuis que je suis président ! Une provoc' ? #sarkoshow #slr about 1 hour ago via web Retweeted by you and 6 others
Je ne trouve pas de tweets favorables à #sarkozy. #sarkoshow #france2 about 1 hour ago via Seesmic Retweeted by you
RT @ls01: Bon c'est aussi chiant que la première mi-temps du match Espagne-Pays Bas, mais les tacles sont infiniment moins virils #sarkoshow about 1 hour ago via HootSuite Retweeted by you and 3 others   
sur #sarkoshow c'est plus riche...enfin tout aussi chiant ;) about 1 hour ago via web

#sarko le rythme des tweets est bien plus faible qu'à #TED about 1 hour ago via web



RT @philippesage: "La lutte contre l'immigration régulière" il a dit, Sarkozy #sarko about 1 hour ago via TweetDeck Retweeted by you
#pertedetemps revient aussi souvent #sarko about 1 hour ago via web   
#sarko le mot clé des tweet semble etre #republiqueirreprochable ....attendons la suite about 1 hour ago via web
  
ça twitte pas bcp sur #sarko ? tous le monde s'en fout? about 1 hour ago via web
#sarko c'est le bon hashtag pour le direct? svp j'ai pas la tv ;) about 1 hour ago via web 


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    2 juillet 2010

    L'architecture des médias : la famille, les amis, les alliés

    Si les agences promeuvent cette idée que le marketing doit fonctionner à 360°c autour du client, l'idée tourne en rond. Oui ! Le client doit être au centre. Oui! Il faut mettre en œuvre tous les canaux de communication possibles autour de ce point central. Mais....

    En agissant ainsi, le client est cerné et son horizon est fermé, où qu'il tourne le regard un canon à message pointe sur son visage. Et de client, nous n'en connaissons pas d'unique. Il y en a mille, et la plupart sont insensibles aux canaux qui déversent leurs eaux. La métaphore était forte mais inexacte. C'est au moment où justement la majorité des clients est exposée à l'ensemble des médias qu'il faut renoncer à cette perspective intrusive, qui ne tient compte ni de la diversité des publics, ni de cette exigence première que le client demande une sorte de respect qui se concrétise simplement dans le droit de choisir et dans une certaine liberté d'action.


    Alors renonçons à cette métaphore, abandonnons les illusions ubiquitaires et omnipotente du multicanal, révisons nos idées à partir de quelles idées simples.



    La première, dans une orientation client du marketing, est que nos clients diffèrent moins par leur valeur que par leur degré d'engagement et de participation. Inutile de brandir tous les canaux, il faut adresser ceux qui conviennent au degré d'engagement que témoigne chaque client. Donnons à ceux qui veulent parler, commenter, discuter, relayer, les médias sociaux. Laissons à ceux qui juste veulent être informés, des médias continus et doux. N'hésitons pas à utiliser les mass médias pour les indifférents qui cependant acceptent qu'on les interpellent en douceur dans l'espace public. L'adéquation des médias à l'audience reste une question d'étiquette. Quand et par qui accepte-t-on d'être interpellé est la question principale que l'on doit se poser.



    Une seconde idée est qu'il n'y a pas de client isolé, ni même de segments distincts. Les audiences interagissent. Elles se constituent dans une écologie fragile, les connaisseurs des systèmes dynamique en apprécient la nature, celle des interactions. La communauté qu'on abreuve quotidiennement d'informations dans une plateforme sociale interagit avec son cercle d'amis qui sera d'autant plus sensible à ses relais qu'elle entend par ailleurs le bruissement de la marque. Dans cette perspective, il n'y a plus de segments isolés, mais des groupes qui interagissent. L'action sur l'un à des effets indirects sur l'autre, et le mix des médias doit avoir pour finalité de produire les interactions les plus positives possibles.


    Comprenons qu'avec cette idée il faut abandonner la conception traditionnelle de la segmentation pour adopter un point de vue écologique. Un segment est une population qui réagit de manière homogène à un segment en influençant de manière uniforme d'autres segments. En segmentant il ne s'agit pas d'isoler un groupe qui réagit de manière homogène à un programme d'action donné, mais d'isoler un groupe qui en influence d'autres de manière régulière. C'est au fond une vieille idée dont nous n'avons pas tiré toutes les conséquences. Il est temps de l'approfondir.


    Une troisième idée est que les médias eux-même interagissent. L'opération de relation publique fournit aux sites web la matière à un contenu. Les articles et documents du site sont matière aux retweets et aux mises à jours des médias sociaux, cette matière suscite les commentaires, les approbations et les actions. Les médias ne sont pas que des canaux. Ils sont la matière même des canaux. Ils absorbent, digèrent, transforment. Ils sont autant contenant que contenus. Ils se hiérarchisent dans un rapport de production et de transformation.
    L'effet de l'un est le contenu de l'autre. Ainsi la rumeur véhiculée par les médias sociaux peut devenir le contenu des mass médias, tout comme l'information exclusive devient la matière des blogs.


    Nous avons assez pour conclure. Si l'organisation fondamentale de l'utilisation des médias se distribue en fonction des audiences et de leur double structuration, une structuration primaire en termes de degré de participation et une distribution secondaire en terme d'interaction, il faut tenir compte des rapports de transformation de l'information qui s'établissent d'un média à l'autre. C'est en comprenant cette double dynamique qu'on pourra penser une véritable architecture des médias.


    D'un point de vue pratique on en devine une structure fondamentale. Le précurseur de toute communication est très certainement l’évènement. Ce peut être le lancement d'un produit, une fête, une décision, un rachat, une vente, un contrat, une conférence, n'importe quoi qui peut être l'objet de commentaires, de spéculation, de discussion. Une matière à raconter une histoire. Une saga, un roman, un feuilleton, une épopée. Une geste, un conte, une simple chronique. Un récit, un mythe, une fable. Une histoire. Mais il y a le support. Des images, des textes, des films, des documents, des archives, cette mémoire dans laquelle on prend, on pique, que l'on explore.



    Et il y a les jours, un journal où l'on publie l'instant et où l'on rappelle le passé. La forme du blog n'est pas une invention, juste la réinvention de cette chronique qui se tient sur les murs et les registres pour transmettre jour après jour la préoccupation de celui qui veut parler, journal intime ou public, il s'agit d'un média qui porte la vérité des faits et de leurs états d’âmes.


    En un troisième étage on trouve ce cercle des intimes, ce clan des fanatiques, cette communauté de pensée qui donne écho à l'histoire moins en la commentant, qu'en la célébrant. L'hagiographie participe étroitement à la propagande, les réseaux sociaux numériques en sont la forme moderne. Et autour de cet édifice ne négligeons pas les formes brutales et massives des mass média et de leurs cousins les médias directs.


    On imagine aisément que l'organisation des médias suit la nature de la communication. Puisque l'attention est sélective, et que la participation est marginale, c'est une structure en écaille d'oignon, qui distribue les moyens et les cibles, jouant de toutes les interactions possibles selon un gradient d'engagement. La famille, les amis, les alliés.

    A lire aussi :
    - Video did not killed the radio star
    -Les effets limités des médias sociaux


    Video did not killed the radio star

    Contrairement à ce qu'on peut penser, il n'y a pas de révolution des médias. La radio n'a pas tué les journaux, la TV n'a pas anéanti la radio, depuis 15 ans le web n'arrive pas à détruire la télé, et les réseaux sociaux n'entament pas le triomphe des sites, au contraire, ils les célèbrent. Les médias nouveaux s'accumulent plus qu'ils ne se substituent et assurément transforment l'usage de leurs prédécesseurs.

    Ainsi la radio s'est redéfinie dans son usage. Si elle fut le média de l'information immédiate, ce rôle est désormais celui de la télévision, en revanche la radio s'est taillée un nouveau territoire, c'est le média dont on use quand le regard est occupé. Il n'est pas prêt d'abandonner l'espace de l'automobile, et bien au contraire renaît sous des formes totalement nouvelles au travers du tâtonnements des plateformes musicales et d'un futur numérique où le podcast le régénère. Nous pourrions multiplier l'analyse pour chaque média.

    Pas de révolution donc mais une une stratification, une redéfinition continue des usages, et surtout la multiplication des canaux pour chacun de ces médias. Et c'est là l'évolution principale, la multiplication phénoménale du nombre de chaines qui est obtenue par un phénomène économique simple : le gain de productivité obtenu par la technique qui réduit chaque fois les coûts variables, mais aussi les coûts fixes, même si la logique concurrentielle réhabilite la logique d'échelle engageant des processus de concentration. Mais passant d'un média à l'autre ce qui change justement, c'est l'échelle. La particularité des nouveaux médias est d'atteindre des échelles jamais atteintes (un facebook à 400 millions...), mais aussi d'abaisser les points morts (vive le blogging).

    Laissons de côté cependant l'analyse économique qui mérite des développements plus importants que ne le laisse l'espace de cette note pour se concentrer sur le fait principal : la multiplication des canaux conduit à une désegmentation des médias.

    Comprenons bien que si les médias co-existent dans l'usage quitte à les redéfinir, leur superposition conduit à une segmentation naturelle de leur usage publicitaire. Ceci étant vrai dans la mesure où l'espace de l'attention n'était pas saturé. Or celui-ci connait des limites, celle de notre temps d'attention. On peut le calculer aisément : 16 heures par jour et par consommateur. L'irruption du net par exemple en occupant l'espace laissé en friche par les autres médias – celui du temps de travail – n'a jusqu'à aujourd'hui peu menacé les médias traditionnels, ou de manière marginale, sauf à considérer que les budgets étant constants qu'un nouvel arbitrage budgétaire est apparu. Mais fondamentalement nous étions dans une logique de colonisation de cette espace d'attention, les nouveaux médias créant de nouveaux segments, des segments situationnels en défrichant de nouveaux espaces.

    Mais cette situation change, car aujourd'hui tous les espaces du temps sont occupés ou vont l'être. Les médias mobiles sont en train de combler les derniers interstices. Et là un fait nouveau est en train d'apparaitre. Si l'on avait l'habitude de penser qu'un consommateur était touché par 2000 messages par jour, ce qui représente 10 heures d'exposition active (disons que la perception d'un message et son traitement occupe un temps de 3s), nous arrivons dans des zones qui couvrent toute l'étendue du temps d'éveil, et au-delà.

    La conséquence est simple, la compétition des messages qui pouvait se penser en termes sporadiques, des périodes d'occupation, devient une compétition permanente car un message chasse l'autre, et il s'agit désormais d'occuper de manière continue une portion significative de l'espace. Fini le temps des campagnes, c'est désormais le temps des flux. Pour occuper l'attention il faut être toujours présent, et la répétition des messages n'a plus de sens. Ce n'est pas pour rien que le story-telling est devenu une nécessité. Pour occuper l'espace les slogans ne suffisent plus, il faut inventer des histoires pour maintenir l'attention, et réinventer le feuilleton. Ce que l'on appelle, à tort, les médias en temps réels, sont des médias en temps continu. La narration est le procédé qui justifie cette continuité. Le temps des slogans est définitivement achevé, et c'est la telenovela qui a ouvert cette nouvelle ère de la communication. Mais raconter des histoires demande aussi à les prolonger à travers les médias, et c'est ce qu'on observe aujourd'hui au travers du trans média dont on peut attribuer la maternité à Marsha Kinder.

    A cette logique de flux, s'ajoute un second élément. Celui de la résistance. On ne colonise pas sans réaction, et à l'afflux des messages les consommateurs répondent par la sélection, le filtrage, des barrières. Il ne suffit plus d'émettre, il faut être reçu. La qualité d'un message ne dépend pas de ses facultés attentionnelles et persuasives, mais de l'accord préalable à sa réception. A mesure que l'espace public est encombré, l'espace privé se protège, et l'accès n'est plus seulement une question d'exposition mais d'acceptation. On comprendra qu'aujourd'hui on communique pour obtenir le droit d’être écouté, et ce droit étant obtenu il faut communiquer encore pour être entendu.

    Troisième phénomène, celui de la production. Personne n’étant plus en mesure de produire le volume nécessaire d'information pour occuper l'espace il faut obtenir la participation de l'audience à la production même de ces messages. C'est le sens principal des médias sociaux, dont la première vertu est moins de relier que de faire participer une petite fraction de son audience à la production. Le contenu est désormais produit par les consommateurs. Avec la réserve qu'il ne s'agit pas tant d'une production originale que de productions dérivées : commentaires, notes, pastiches, remix, en quelque sorte plus une reproduction, qu'une véritable création.

    Le problème du publicitaire aujourd'hui n'est donc plus seulement qu'un problème créatif, celui de trouver la bonne copy, ni de trouver le bon média. Il est pour se faire entendre d'obtenir avant d'avoir parlé le droit d'être écouter, de dérouler l'histoire à travers les médias, et plus encore trouver ceux qui vont la reprendre, la répercuter, la redévelopper.

    Il y a là un air de déjà-vu, cette culture des troubadours, des griots, celle de la littérature de cordel...Mais c'est déjà une autre histoire.

    PS : cette note doit à la soirée ETO on/off, à l'ironie d'MRY et aux désaccords de Vinvin.