6 janvier 2010

Meilleurs voeux pour les années 10


Plus qu'une année, c'est une autre décennie qui se profile, les années X du XXI ème siècle, de quoi avoir le vertige, alors souhaitons-la ouverte au futur et sereine comme un présent éternel. Ce qui est sûr est que ce n'est pas le temps du bilan encore en ce début d'un nouveau monde. Tant pis pour les maniaques de l'évaluation, cette année on préfèrera les visionnaires.

James Cameron pourrait bien en faire partie, pulvérisant le box-office avec son Barnum, il nous offre cependant un miroir merveilleux où se reflètent les mythes modernes. Le premier d'entre-eux est sans doute celui, colonial, de cet « Au coeur des ténèbres » de Conrad, dont il rend les échos d'un « apocalypse now ». La remontée du monde y est plus directe, est prend des allures plus disneyennes de cette rencontre d'un monde à l'autre, beaucoup ont reconnu l'histoire de Pocahontas.


Mais peu importe, il s'agit d'une même histoire, d'un même mythe, de l'occidentalisme machinique et rationnel qui au titre de la raison réordonne le monde à sa propre raison, hormis un minerai inobtenable. Que Pandora ressemble à deux détails à cette imaginaire amazonien qui mêlant l'eau à la forêt y dissipe de lourdes brumes, ce sera peu contestable. Et le bleu des Na'vis ressemble étrangement à celui de ces indiens qui hantent ironiquement les murs de béton de Sao Paulo. Le chamanisme n'est même plus en référence, il constitue la trame sociologique explicite de cet autre monde.


La nouveauté dans le mythe réside dans cette idée que ce monde est un monde en réseau, un web3.0 qui a généralisé les connections entre les membres d'une espèce, mais aussi entre les espèces, la césure du culturel et du naturel s'évanouissant dans un monde où tous les objets du monde dialoguent. Le web des objets...dans une version organique. Cameron reprend d'ailleurs l'idée délicieuse de Cronenberg dans Existenz, celle de permettre une connection directe et charnelle de la machine au corps, la belle invention d'Avatar, sont ces fibres sensibles presqu'optiques qui s'unissent dans une communion mentale dont on imagine aussi l'érotisme.


Contrairement aux autres œuvres, le monde qui va être détruit par l'intérêt et la modernité, cette culture, n'est pas un peuple primitif mais dans un sens littéral une sorte de futur. Il est déjà notre monde, ce monde utopique qui jaillit de l'interconnexion exponentiellement croissante de l'internet. Il est le monde nouveau qui se dessine. Certains critiques ont souligné avec intelligence le jeu des représentations que permet la technique choisie par Cameron, et mis en évidence la force du combat final, l'homme dans toute sa virilité et sa puissance qui l'étend par la grâce de la machine, et le bruit de ses engrenages, contre la souplesse d'un corps nu ou presque, naturel, plus réel que réel par la grâce de la simulation. Mais les deux sont littéralement des chimères.


Les trémolos écologistes qui font la musique de cet opus étaient la condition d'un succès unanime. Peu nécessaire dans le fond, essentiel pour la forme, mystique dans l'évocation continue de l'hypothèse de Gaïa. Et la résistance qu'incarnent les scientifiques contre l'idiotie de l'argent, de la raison contre l'intérêt, donne une belle perspective à cette métaphore de la globalisation. Nous en sommes toujours à l'ère coloniale.


Le film est-il une œuvre d'art? Il est au moins un message optimiste, le monde futur de Pandora, le notre, ce monde qui connecte les humains aux humains, les humains aux objets, les objets aux objets, et approche l'idée que le réseau est un super-organisme, sera plus qu'un rêve, triomphant d'un monde guerrier et mécanique. Il est aussi un essai pionnier dans une autre manière de regarder les images, et de réinventer l'imaginaire.


Nos voyages ne parcourront plus les fleuves sur un vapeur toussotant, ils iront revêtus de la peau d'un autre, par avatars interposés, nous irons au cœur des ténèbres dans un corps qui n'est pas tout à fait le nôtre. Et qui n'est pas à vendre.


Bonne Année

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crédit photo :

Un indien de Craniô photographié par Eric Maréchal.


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