30 novembre 2009

Au fil des vagues...


Apres l'IRc, le mail, l'IM, ICQ puis MSN, les wiki, mais aussi ce bon vieil Usenet, après Facebook et Twitter, arrive Wave. La communication P2P n'en fini pas d'évoluer. P2P vous étonnez vous? Oui de pair à pair, l'échange à deux à trois, à quatre, ce dialogue, ce multilogue qui se constitue car l'un invite l'autre. Oui, cette forme de communication qui s'initie par une invitation et se poursuit par son acceptation, et se constitue comme une même entité dans l'unité d'une conversation.

Une Wave, pour Google, est la matérialisation de cette conversation, elle ne se limite pas à un strict dialogue, ni à l'échange de mots, elle inclue toutes sortes de documents qui peuvent s'échanger, mais peut aussi s'ouvrir au public. C'est au fond d'une grande simplicité, qui ne paraît complexe que parce que nous avons oublié l'unité de la conversation. Une unité d'intention, mais non de registre. Nos conversations incluent les livres qu'on s'échange, les photos que l'on regarde ensemble, un billet doux, des fleurs apportées, un parfum, un geste.

Le tour de force de Google Wave est de permettre tout cela et plus. Le plus est de garder la mémoire, de permettre de reprendre le film et d'ajouter dans le fil tel ou tel élément, de le mettre en pause et de le reprendre plus tard. A certains égards on y fait pas plus que dans MSN, sauf que dans une messagerie instantanée, les conversations peuvent au mieux être archivées, il n'est pas possible de les reprendre en cours de dialogue, ni même dans leur suite. L'unité est le partenaire, et la conversation une abstraction car elle n'est qu'un fil continu. Avec Google wave aucun souci pour maintenir plusieurs conversations avec une même personne. Elles peuvent s'arrêter et reprendre. C'est la thématique et l'intention qui font l'unité du fil de la conversation, mais non ses matériaux.

Reste à tester ce beau projet. Et c'est en cours. Restons attentif, les formes du dialogue, de la conversation, celles de la discussion, n'ont pas fini d'être réinterprétées par la médiation digitale.

Voilà aussi qui fait revenir à cette idée d'un marketing conversationnel qui ne peut se limiter à l'idée que la relation est littéralement équivoque, en fonctionnant dans les deux sens, mais qu'elle doit engager aussi un certain contenu. A force de réduire la relation à une certaine qualité, une certaine atmosphère faite de confiance, d'engagement de sentiment de justice et d'(auto)-satisfaction, peut-être avons nous oublié qu'elle a une matière, des contenus, que réunissent l'intention, et ce fil qui les tient ensemble, fil d'ariane, ou pelote de Pénelope, une vague au fil de l'eau...

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crédit photo : alia_qunha

La communication oubliée?


Une chose curieuse, nous parlons de plus en plus des technologies de l'information et de moins en moins de communication. Les TI supplantent les TIC, on aurait pu penser que les couches logicielles ensevelissent l'information dans la profondeur de ses traitements pour ne faire apparaître que la communication. Ce n'est pas le cas.

Le champs académique de la communication en est sans doute responsable en partie, et un texte récent de Robert T Craig paru dans la revue Internationale de Communication sociale et Publique nous en donne indirectement la raison. Cherchant à définir la communication comme champs d'étude, il observe d'abord sa terrible fragmentation, 249 théories identifiées par Anderson (1) et 126 définitions par Dance et Larson (2).

Dans un tel bazar on peut comprendre que ceux qui la pratiquent et l'étudient soient largement tentés de ne revenir que l'aspect le plus immédiat : nos communications sont désormais essentiellement médiatisées par les calculateurs, et procèdent plus du traitement de l'information que d'un hypothétique rapport à l'autre. Au mieux concède-t-on que les problèmes de communication sont au fond celui d'un rapport à la machine et aux représentations qu'elle (re) produit.

Dans l'article de Craig, ces observations ne servent qu'à poser le problème, et son apport principal est de réduire ces sources dissensions en identifiant sept grandes familles, sept traditions de recherche, tout en examinant les rapports qu'elles entretiennent d'une à l'autre. Il est utile de les mentionner pour situer le fait que l'une d'entre elle semble dominer :


  • La tradition cybernétique qui met l'accent sur les processus de transmission et de traitement, et dont le retour dans le champ du marketing se manifeste avec force dans la comptabilité des canaux : taux d'ouverture, de clicks, de conversion s'analysent comme le fruit de l'attention, de la localisation de l'information, de sa plus ou moins grande richesse, de la densité des contacts, du degré de connectivité, de l'usabilité, de la synchronicité. Le vieux modèle de Shannon se répand du one2many, au many2many après avoir conquis le one2one. De ce point de vue le Web2.0 et les réflexions qui s'y affèrent n'en sont que la généralisation. L'élément nouveau réside moins dans la socialité que dans la généralisation à une population d'un modèle primitif ( Emetteur/recepteur/message/canal) et débouche dans un renouveau de la physique sociale telle qu'on l'observe dans l'utilisation de la physique des champs pour comprendre l'opinion et ses métamorphoses.


Les autres traditions s'ancrent d'abord dans la philosophie du langage avec :


  • La tradition rhétorique qui donne à l'art du langage un terrain pragmatique pour agir au-delà des actes, persuader au-delà du vrai, et dont le marketing s'est fait longtemps l'artiste au travers de l'art des publicitaires. Que cet art ressuscite notamment dans la pratique des vidéos dont on découvre que leur propagation dépend de certaines règles d'écriture ne suffit pas à réveiller la réflexion théorique.

  • La tradition sémiotique, en dissociant les significations des signifiés remet en cause la transparence du signe, et la distinctions des canaux et des messages. Et si l'ordre symbolique répond à un ordre structurel, cet ordre ne garantit pas la compréhension intersubjective, mais ne fait que la médiatiser. De ce point de vue la diversité des canaux, du mail aux SNS, du mobile à l'IM, du RSS aux blogs, est un nouveau lexique plus qu'une gamme de moyens de transmission.

  • La tradition phénoménologique qui tout en affirmant l'altérité conçoit qu'il est possible dans l'expérience immédiate d'en être touché. La communication serait justement cette expérience de l'autre. On ne peut qu'être frappé de l'inexistence des réflexions qui portent sur cette étrangeté qu'en dépit de l'appauvrissement sensoriel généré par les technologies de l'information, un rapport profond puisse cependant être établi, si profond qu'il puisse prendre la forme du désir ou de l'amour. Les thèses de la présence sociale ne vont pas forcément dans ce sens car elles privilégient l'idée du simulacre, plus qu'elles ne s'intéressent à ce qui fait qu'une communication puisse s'établir indépendamment des médias qui la supporte.

Les autres traditions s'enracinent plus nettement dans les sciences sociales :

  • Celle de la psychosociologie n'a pas perdu tout le terrain conquis. Elle reste encore l'alternative à la cybernétique, l'attitude reste encore cette variable critique qui fonde les comportements, enjeu des cognitions, des émotions, de l'interaction sociale et de l'influence. Mais il reste encore dans son cadre à mieux définir la manière dont la technique interfère.

  • La tradition socioculturelle, hésitant entre un niveau micro-social, celui de l'interaction symbolique, ou celui de macro-structure symbolique, se retrouve en partie dans les thématiques de l'identité, et plus encore dans le mantra de la co-création/production/distribution des idéologues des médias sociaux, même si reconnaissant le caractère négocié de l'ordre symbolique, ils sont bien en peine de produire des théories des modèles culturels qui émergent de la pratique des techniques de communication.

  • La tradition critique est finalement fort peu mobilisée qu'elle soit néo-marxistes ou s'inscrivant dans la perspective des cultural studies, les idéologies des technologies de l'information sont assez peu déconstruites.

Le lecteur pourra protester et opposer dans tel ou tel champ l'usage intelligent de l'une de ces traditions. Il aura raison, et nous l'invitons à s'engager dans l'inventaire. Un double inventaire, celui des théories de la communication que la littérature en marketing invoque et utilise véritablement pour analyser l'usage des techniques d'information et de communications, et celui des idées implicites qui circulent dans le corpus abondant que produisent les spécialistes réputés de ces techniques.

Nous pourrons ainsi répondre véritablement à notre interrogation initiale, celle de savoir si la communication n'a pas disparue pour laisser place à la seule information. Et remercions Charles T Craig de nous fournir cette synthèse pédagogique infiniment utile pour nous rappeler que la notion de communication n'est pas une évidence même si elle est toujours l'enjeu d'une réflexion extrêmement ancienne.


  1. Anderson, J. A. (1996). Communication theory: Epistemological foundations. New York : Guilford Press.
  2. Dance, F. E. X., Larson, C. E. (1976). The functions of communication: A theoretical approach. New York : Holt, Rinehart, & Winston.

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Credit photo : fernandoprats

18 novembre 2009

A l'unisson! La pub sans effet, la pub en choeur


La question n'est pas nouvelle, elle devient de plus en plus aiguë. Quelle efficacité de la communication à l'heure où un flux continu d'informations nous abreuve, nous traverse, et excède toutes nos capacités d'attention. On aura noté au hasard d'un flux de Twitter la retranscription d'un texte de Danah Boyd, mais n'ayant guère le temps de nous y pencher, le flot des nouvelles nous a emporté plus en aval du fleuve, profitons d'un de ses coudes pour y penser.

Nous aurions pu croire qu'il fallait être présent dans les nouveaux espaces de l'attention pour se faire entendre, mais la foule s'est précipitée et à nouveau ce n'est plus la logique du message mais celle de l'exposition qui domine. Le problème est ancien, celui d'une publicité bien traditionnelle qui se réclame, s'est voulue communication et semble courir sur un tapis roulant à rebours.


Mais le flot est un devenu un torrent à la taille d'un fleuve, on peut s'inquiéter qu'il emporte non seulement les arbres mais aussi les rochers auxquels il s'accrochait. Le temps de spot TV de 30 secondes semble une époque bénie et sage où l'on prenait le temps de penser. Le gazouillis des 140 caractères réduit à la seconde les éclats d'attention. Suffirait-il d'un clic pour convaincre ?

Ah que non ! Oublions nos illusions. D'ailleurs en trente secondes circulent bien plus de messages qu'on ne peut même apercevoir sur son fil. Le hasard désormais régule ce qu'on peut entrevoir. Alors mesurer l'effet de la publicité, quel qu'en soit le média c'est comme mesurer l'influence d'une goutte de pluie sur la hauteur d'une inondation. Un non-sens.


Le paradoxe est que jamais nous n'aurions compté avec la plus grande précision le nombre des gouttes et celui de leur fragmentation quand elles éclatent sur le miroir de nos écrans. Nous comptons avec une précision phénoménale ce qui appartient plus à l'air du temps qu'à l'impact des bombes.

Les médias en temps réels sont à la publicité ce qu'un brumisateur est à la douche. Humide oui, mais même pas mouillé. Ne cherchons pas à en mesurer l'influence par la transparence d'une chemise, c'est un brouillard qui en est l'effet et dissimule le trouble des foules dans une extrême opacité.


Ce flux d'infimes particules dissipe les campagnes les plus offensives, crée un climat, des variations délicate et se plait au fond à révéler les désirs, les angoisses, les fantasmes les plus sourds. Ne croyons plus qu'un message puisse avoir un effet, la communication publicitaire est définitivement morte.

Les discours s'évanouissent, il ne reste que le langage. Des mots qui se répètent, des formules reprises, une vague poétique. Il fût un temps de la proposition unique, puis celui de la personnalité, nous aurions pu espérer que viennent la force d'un style, il ne reste que l'air du temps. Nous pouvions rêver de persuader en masse, il restera la nécessité de s'adapter de manière drastique.


A l'heure des médias en temps réel, ce n'est plus l'émission d'une parole transformant les comportements qui fonde la mesure de l'efficacité publicitaire, mais l'aptitude de se fondre aux errances de la foule qui en est le critère. Ne cherchons plus à mesurer les conséquences, mais simplement le fait qu'il n'y ait pas de désaccord. Tant que la voix de la marque accompagne celle de son public, elle aura droit au chapitre, et si le public l'oublie soit c'est qu'elle s'est tue, soit qu'il ne veut plus l'entendre.


L'efficacité de la publicité doit désormais se mesurer à la faculté qu'elle a de participer à l'unisson.

No Deep Packet Inspection - the core marketing element


No Deep Packet Inspection .

Ils sont quelques-uns à lutter contre, à vouloir qu'une règle sociale interdise d'exploiter ce niveau particulier d'identification qu'est l'intégralité de l'adresse IP. D'un point de vue citoyen cela reflète légitimement l'exigence d'un droit à l'oubli, de ce voile d'ignorance qui protège nos vie privées et empêche l'intrusion dans notre intimité.


La frontière du public et du privé se joue sur des nombres désormais. Nous pouvions dissimuler le lieu où nous habitions à quiconque sauf à la force publique, l'espace du net nous rend infiniment visible et sans règle rendra cette invisibilité si grande qu'en tout point du monde que nous visitions pourvu que nous laissons ouverte les portes, n'importe quel visiteur non seulement sonne à la porte mais peut s'installer dans le salon, fusse-t-il dressé sous une tente.


On ne peut qu'encourager les militants de ce mouvement, ils se battent pour définir les nouvelles frontières de l'intime. Et ils se font du même coup les ennemis du marketing moderne qui tient moins dans la force des idées que la faculté de pénétrer de manière capillaire nos intimités.


Est-il réellement un ennemi? Nous ne le croyons pas. Il est l'ennemi de ce qui s'infiltre en dépit de l'indifférence que nous témoignons tous. Si le droit à l'oubli, à la non-identification, fait partie des droits fondamentaux, ce droit n'exclut pas aussi la liberté que nous invitions au cœur de nos foyers ceux que nous aimons, et parmi ceux qu'on aime, il n'y a pas que nos parents, nos amis, mais aussi les marques que nous chérissons.

Interdire le DPI est très certainement une juste mesure qui protège nos liberté, mais elle n'est pas suffisante, il faudrait aussi que chacun soit propriétaire de son IP, de manière à ce que nous puissions librement donner le droit à ceux que nous apprécions d'égayer nos tranquillités. Sans doute il faudra concevoir que nous sommes propriétaires de nos adresses, ou du moins que nous puissions exercer un droit de contrôle presque absolu. Hormis la raison d'état, et son exceptionnalité, il n'est pas de raison que nos adresses IP soient partagées sans notre consentement.

7 novembre 2009

Médias sociaux - les vertus du structuralisme


La vague passe. Après le web2.0, la terminologie semble se fixer sur le terme de média social. C'est à la fois plus raisonnable et plus mystérieux. Moins de science-fiction mais plus de flou dans cette idée inexplicitée du social. On remarquera un passage du registre technologique à celui de l'humain.


Ce qui caractérise donc les médias sociaux est leur socialité, en fait cela reste l'intuition que le média ne fonctionne pas de lui-même mais nécessite un autre élément, ce social encore bien indéterminé. Nous avions connu les médias de masse dont l'expression exprimait bien cette idée d'une adresse à la société en tant qu'une masse d'individus traités sur un même plan, avec la même violence, une foule indistincte dont on su rapidement d'ailleurs qu'elle pouvait être traversée de courants latéraux essentiels au processus de la communication. On ne rendra jamais assez hommage au modèle de Katz et Lazarfeld.


C'est une idée proche au profond qui se forme dans la stabilisation de cette idée de média social, avec en plus l'implicite que le média fonctionne avec la participation de la société. Une société en réseau. Un treillis de canaux aux chemins indistincts, un nuage de particules qui se condensent, une société qui en elle-même est un média.


Sans céder aux utopies ni se soumettre aux idéologies, on peut reconnaître au-delà de la dénomination certaines architectures qui se dégagent. La première est une distribution de la technique, la voix n'est pas projetée par des antennes toujours plus puissantes, mais redistribuée de proche en proche par des hauts parleurs qui se répondent, comme l'appel à la prière dans des campagnes peuplées de minarets, des tocsins qui se font l'écho l'un de l'autre, mus cependant par une heure commune. L'unité de la parole n'est pas forcément remise en cause, mais sa distribution permet des variétés, des inflexions, et très certainement à grande échelle des tons très différents.


L'utopie laisse croire que chacun possédant un morceau de l'appareil nous soyons dans une joyeuse anarchie, il est probable qu'elle se soit pas très libérée. Les cloches dans la campagne ne sonnent pas à n'importe quelle heure. Et si du haut des minarets l'heure varie avec le soleil, le rythme des appels reste imperturbable. L'autonomie de chaque appareil n'empêche pas qu'à l'internat les filles se règlent aux mêmes rythmes, mystère de la synchronie et de la résonance. La communication est sans doute une histoire de physique.

L'idéologie prêche pour la puissance retrouvée de nos individualités, célèbre l'initiative mais reste pantoise devant cette phénoménale inégalité qui jaillit de l'individualisme. Les faits têtus obligent quelques uns à produire la masse que véhiculent les autres. En célébrant la démocratie, on révèle les sectes. Le social au fond est la réinvention permanente de l'inégalité.


De la nature sociale des médias et de la force des réseaux on ne sait que peu de choses. Mais ces choses sont fortes. On sait qu'à donner à chacun une voix et les moyens de la propager, le hasard s'en joue pour donner à quelques-uns un avantage qui se renforce. L'attachement préférentiel construit rapidement des réseaux hiérarchisés, moins par la volonté bureaucratique et l'esprit de l'ordre que par le mystère d'échelles superposées. A vrai dire le mystère est maigre et ne résulte que de ce que le résultat ne procède pas de la raison commune, mais d'un ordre trivialement géométrique et probabiliste.

On sait aussi que cette dynamique des champs conduit à la polarisation qui peut connaître différents degrés et intensités, le bouillonnement ne se survit pas et rapidement conduit à la coexistence de phases différentes, démarquées nettement, mais homogènes aussi. Les médias sociaux apparaissent donc comme les vecteurs plus que les causes d'un fait intriguant : du chaos naissent des organisations. Et ce qu'ils ont de social est peut être cela, les médias sociaux sont structurant, même s'ils ne semblent être guidé par aucune structure.

Voilà qui salue la disparition d'un des fondateurs du structuralisme ( Claude Levi-Strauss ), nous avons rêvé une société de l'agent, mais c'est la structure qui revient en force, par delà l'action individuelle et collective, ce sont des structures qui s'imposent.

La force des médias sociaux est sans doute de réhabiliter une perspective pyramidale de la société, qui laisse à quelques-uns la puissance de coordonner et de contrôler les foules et à d'autres plus nombreux de s'en faire le relais. Les médias sociaux ne sont pas la réalisation d'une utopie égalitaire, ils ne sont pas plus l'expression d'une idéologie libérale. D'un point de vue pragmatique, il faut les penser de manière hiérarchique.

Dans l'organisation nouvelle des organes de la propagande, chaque outil doit prendre une place finalement assez bien définie. Les sites web sont le lieu de l'activité fondamentale : du commerce, de l'information, des contenus. Les blogs qui les flanquent ont pour fonction de porter la voix absente des sites. Ces sites ne parlent pas car se contentent de faire. Les blogs sont des porte-voix. Sans eux, difficile d'imaginer qu'une relation véritable se construise avec le site. Ils sont la réflexivité d'une fonction sans cœur et sans chaleur, ils apportent l'âme au muscle.

Quant aux réseaux sociaux, leurs rôle est essentiellement d'ordonner l'intensité des engagements. Ils canalisent la réponse à la parole. Ils structurent les troupes.


J'entends vos objections. Quelle horreur structuro-fonctionnaliste est proférée ici (vous avez naturellement tous lu Talcott-Parsons )! Et pourtant, par l'observation de ce qui émerge, de ce que personne n'a vraiment conçu, prévu, on ne peut qu'être frappé que par la force des structures. D'un ordre qui s'impose en dépit de la formulation d'aucune règle, d'aucune volonté, d'aucun ordre a priori défini.


D'un point de vue pragmatique se dessine en matière de médias sociaux, une organisation progressive qui si elle distribue la capacité de diffusion, et structure les possibilités de feed-back, dépend d'une structure dont les fonctionnalités émergent des propriétés statistiques des grands réseaux. L'essentiel n'est pas dans cette idée illusoire du pouvoir des consommateurs mais plutôt dans la réorganisation des canaux de l'influence et du contrôle social.


Nous sommes dans cette phase intéressante où les structures se dégagent sans encore affirmer leurs fonctions. Le problème des professionnels de la communication est simplement aujourd'hui d'identifier l'architecture qui émerge. Même s'il est finalement assez aisé dans deviner le dessin. Le dessein aussi.


Ces structures sont sans doute moins mécaniques que les formes primitives qui se sont dégagées de l'émergence des médias de masses. De même que la mécanique a laissé la place à l'électronique, les médias sociaux prennent la place des médias de masse. Mais dans un cas comme dans l'autre, une même logique de l'ordre est à l'œuvre.


6 novembre 2009

Pour une histoire de l'informatique



Philippe Niewbourg est bien connu dans les réseaux du blogging. Son blog relationclient.net est une mine d'informations. Mais aujourd'hui, il a donné aux étudiants du Master Marketing Opérationnel international un autre aspect de son talent et de ses passions. Animateur du Musée de l'informatique, qui est abrité dans les greniers de l'Arche de la Défense, il leur a dispensé un cours remarquable sur l'histoire de l'informatique.


Le remarquable se tient dans une observation principale. L'histoire de l'informatique s'ancre moins dans une branche de la logique et des mathématiques, quoiqu'en ce domaine il faut réitérer des hommages à Turing, mais dans l'histoire du management. Il nous a rappelé que bon nombre des grandes compagnies informatiques d'aujourd'hui étaient des spécialistes de mécanographie. Et que si la science du calcul a été stimulée par de grands projets politiques et militaire (l'eniac ou …), ces impulsions se sont répandues dans la société par l'effort constant d'améliorer la productivité des bureaux. Faire la paye, établir les comptes, contrôler la gestion, autant d'activités qui ont occupé des ateliers immenses, et pour lesquels la faible contribution à la valeur nécessitait un effort particulier de rationalisation, d'économie et d'automatisation. Au fond la bureautique a précédé l'informatique.


Du haut de l'Arche nous contemplions le Sicob. Ainsi donc l'informatique est l'enfant du management, de l'extension du taylorisme, le moyen pour que des ateliers de production, il puisse envahir les ateliers de l'administration.

Très certainement cette histoire se poursuit. Les ERP et autres CRM en sont la continuation. Il y aura eu bien sûr quelques innovations radicales qui ont permis de passer de la mécanique au silicium, du calculateur au réseau. Mais au fond l'histoire de l'informatique se confond avec celle du management. Et dans le mouvement oscillant d'une informatique qui trouve des solutions entre la centralisation du traitement et du stockage des données et la distribution du calcul et l'éparpillement de la localisation des données, on retrouve le même mouvement des doctrines managériales, celles qui parfois privilégie le petit, le local et l'autonomie et parfois encourage le grand, le global et le commandement général.

Les outils ne font que s'adapter aux croyances du moment, naturellement ils pèsent aussi sur ces convictions en en renforçant la réalisation. Quand aux mainframes a succédé la micro-informatique, les bureaucraties ont cédé le pas aux unités d'affaires, et si aujourd'hui l'informatique dans les nuages célèbre une nouvelle centralisation, on retrouve l'idée qu'un commandement général ou du moins l'unité d'organisation est la clé du succès.

Ne concluons pas trop vite. Est-ce le chien qui tire le maître, ou le maître qui conduit le chien ? Sans aucun doute l'étude de la courte histoire de l'informatique est une priorité pour mieux comprendre celle de la presque aussi courte histoire du management. Et pour s'en convaincre souvenons-nous que Pascal a inventé la première machine à compter pour rendre service à son père, percepteur des impôts du roi.

1 novembre 2009

Google trending : le marketing est-il en train de mourir?

M'exerçant à quelques Google trending afin de compléter un article sur le rôle institutionnel des technologies de l'information, je découvre quelques tendances surprenantes même si peu étonnantes.

La première interrogation concernait l'évolution des préoccupations en matière de CRM (en bleu). Avec un peu de surprise on constate une décroissance relative des recherches sur le sujet, et en même moment un accroissement de l'offre. L'intérêt s'est tourné ailleurs vers le Web 2.0 (en jaune), mais même pour ce thème un relatif désintérêt est observable. Le vrai sujet est celui des médias sociaux (en rouge). C'est ce que l'on recherche, et c'est ce dont on parle. Dans ces données, on ne trouve qu'une confirmation de ce que l'on savait plus ou moins.

Approfondissons l'analyse et testons cette idée que le client a pris le dessus sur le consommateur. Les deux mots marquant deux modèles de pensée : le marketing s'est intéressé essentiellement à la figure du consommateur (bleu) alors que le CRM fait du client (rouge) son obsession. Nous nous attendons donc à ce que ces deux thèmes fassent l'objet d'un intérêt décroissant, cette décroissance étant moindre pour la figure du client. Et ce n'est pas le cas. Le client est un objet de recherche croissant, est-il encore un grand inconnu?

Pour le moins, car soyons prudent ces statistiques sont lexicales et ne sont pas sémantiques (vivement que Google améliore ses analyses et nous donne plus de contrôle sur la production des statistiques ! - au passage notons que nous prenons la plus longue période possible sur l'ensemble des domaines, privilégiant ainsi l'usage de l'anglais), ce n'est peut être pas plus un changement d'objet qu'un changement de vocabulaire qui s'opère.
C'est cette remarque qui nous conduit à tester une autre comparaison. La définition classique du marketing est bien cet ensemble d'activités destiné à satisfaire les attentes du consommateur. Quelques préoccupations récentes portent sur la question du bonheur. Pourquoi ne pas comparer ces deux termes (le bonheur en rouge et la satisfaction en bleu), et tant qu'à faire inclure cette idée au centre du CRM et de la relation, celle de la fidélité (jaune). Les résultats sont éloquents, le bonheur est l'objet de toutes les recherches et la satisfaction est de moins en moins un sujet de préoccupation. La fidélité semble stagner.

Mais comme dans les graphiques précédents l'offre s'accroit pour tous les paramètres.

Il est bien difficile d'interpréter ces données qui reflètent d'une part le volume relatif des requêtes, et d'autre part celui des news. On peut comprendre que le désintérêt pour le marketing et la satisfaction résultent d'une victoire, ces notions sont désormais acquises et ne présentent plus aucun mystère. Mais en même temps, on ne peut que s'interroger pour cette préoccupation croissante pour la question du bonheur qui marque au fond l'échec du marketing.

La corrélant à cette appétence pour le fantasme des médias sociaux, on est obligé de se poser d'abord la question de la mort du marketing, par son incapacité à résoudre au sein de ses paradigmes transactionnel et relationnel, l'aspiration et des firmes, et de leurs récipiendaires, et ensuite celle du véritable enjeu de la consommation, une activité sociale qui vise moins à satisfaire des besoins plus ou moins bien classifiés, qu'à produire dans le rapport à l'autre, cette chose à laquelle depuis les grecs, bouddha et quelques autres, nous pensons sans relâche, une idée du bien qui apporte le bonheur plus que la satisfaction.

C'est peut-être chez Shopenhauer que nous pourrons ressusciter le marketing.