6 novembre 2009

Pour une histoire de l'informatique



Philippe Niewbourg est bien connu dans les réseaux du blogging. Son blog relationclient.net est une mine d'informations. Mais aujourd'hui, il a donné aux étudiants du Master Marketing Opérationnel international un autre aspect de son talent et de ses passions. Animateur du Musée de l'informatique, qui est abrité dans les greniers de l'Arche de la Défense, il leur a dispensé un cours remarquable sur l'histoire de l'informatique.


Le remarquable se tient dans une observation principale. L'histoire de l'informatique s'ancre moins dans une branche de la logique et des mathématiques, quoiqu'en ce domaine il faut réitérer des hommages à Turing, mais dans l'histoire du management. Il nous a rappelé que bon nombre des grandes compagnies informatiques d'aujourd'hui étaient des spécialistes de mécanographie. Et que si la science du calcul a été stimulée par de grands projets politiques et militaire (l'eniac ou …), ces impulsions se sont répandues dans la société par l'effort constant d'améliorer la productivité des bureaux. Faire la paye, établir les comptes, contrôler la gestion, autant d'activités qui ont occupé des ateliers immenses, et pour lesquels la faible contribution à la valeur nécessitait un effort particulier de rationalisation, d'économie et d'automatisation. Au fond la bureautique a précédé l'informatique.


Du haut de l'Arche nous contemplions le Sicob. Ainsi donc l'informatique est l'enfant du management, de l'extension du taylorisme, le moyen pour que des ateliers de production, il puisse envahir les ateliers de l'administration.

Très certainement cette histoire se poursuit. Les ERP et autres CRM en sont la continuation. Il y aura eu bien sûr quelques innovations radicales qui ont permis de passer de la mécanique au silicium, du calculateur au réseau. Mais au fond l'histoire de l'informatique se confond avec celle du management. Et dans le mouvement oscillant d'une informatique qui trouve des solutions entre la centralisation du traitement et du stockage des données et la distribution du calcul et l'éparpillement de la localisation des données, on retrouve le même mouvement des doctrines managériales, celles qui parfois privilégie le petit, le local et l'autonomie et parfois encourage le grand, le global et le commandement général.

Les outils ne font que s'adapter aux croyances du moment, naturellement ils pèsent aussi sur ces convictions en en renforçant la réalisation. Quand aux mainframes a succédé la micro-informatique, les bureaucraties ont cédé le pas aux unités d'affaires, et si aujourd'hui l'informatique dans les nuages célèbre une nouvelle centralisation, on retrouve l'idée qu'un commandement général ou du moins l'unité d'organisation est la clé du succès.

Ne concluons pas trop vite. Est-ce le chien qui tire le maître, ou le maître qui conduit le chien ? Sans aucun doute l'étude de la courte histoire de l'informatique est une priorité pour mieux comprendre celle de la presque aussi courte histoire du management. Et pour s'en convaincre souvenons-nous que Pascal a inventé la première machine à compter pour rendre service à son père, percepteur des impôts du roi.

Aucun commentaire: