26 septembre 2009

La sagesse des foules : où est la sagesse ? Où sont les foules ?


Lors de la journée du CIGREF du 24 septembre 2009, Pekka Himanen, philosophe finlandais, a fait une présentation remarquée. Il étudie les comportements sur Internet et en particulier la créativité. Ses recherches montrent que 50% de la production de contenu vient des Etats unis (5% de la population mondiale). Aux USA 5 villes produisent 20% du contenu mondial. La plus importante en contribution étant New York. Et à New-York la production de contenu est faite à partie de quelques blocs de Manhattan (voir Une ancienne présentation de ses slides). Cette concentration ne va-t-elle pas à l'encontre de l'idée que le net démocratise, horizontalise et déconcentre ?


L’idée force du Web 2.0 est que « l’intelligence collective » serait égale ou supérieur à l’intelligence des experts. Cette intelligence provient de l’accumulation de contenus mais surtout du tissage de liens de plus en plus denses entre ces contenus. A titre d’illustration très positive, la plateforme Innocentive expose des questions de recherche de centres de R&D professionnels qui peuvent être résolues par des particuliers moyennant rétribution. Ainsi plusieurs solutions techniques ont été trouvées par des individus ayant une formation scientifique mais n’étant pas chercheur.


Première question : Où est la sagesse ?


On peut se poser la question de la fiabilité de ces données provenant de la foule. Le magazine scientifique Nature a publié un article sur la fiabilité de 42 articles du domaine scientifique issus de Wikipedia (version anglaise), et les 42 mêmes issus de l'Encyclopædia Britannica. L'écart est faible : sur un site structuré et organisé comme l’encyclopédie libre ; la fiabilité peut être considérée comme bonne. Ceci est confirmé par les nombreux essais d’introduire des erreurs dans Wikipedia, erreurs qui sont rapidement corrigées. Mais sur de nombreux sites, la mise en commun et le partage d’information ne peuvent se faire rapidement qu’en l’absence de filtrage ou d’autorité de surveillance ; c’est le groupe qui doit autogérer le contrôle des informations, ce qui fonctionne plus ou moins bien et dépend de la taille du groupe.


Toujours à propos de la fiabilité, une journaliste américaine a montré qu’on pouvait acheter des votes pour obtenir une bonne notoriété de son Blog sur le site Digg qui est le site le plus célèbre de recommandations en ligne (Newitz, 2007). En achetant les premiers votes pour 20 dollars, elle a atteint un premier palier de notoriété. Puis les internautes sont librement venus sur son Blog et ont voté pour lui car chaque internaute gagne en réputation s’il vote pour un site déjà populaire. C’est l’effet pervers de ce système de recommandation qui amplifie très rapidement la diffusion de certaines informations.


Où sont les foules ?


Ces échanges entre internautes sont basés sur la confiance. Or dans toute relation de confiance se pose la question du « passager clandestin ». L’efficacité des systèmes d’évaluation sur les sites comme Ebay est essentielle pour assurer le bon fonctionnement des échanges. Cette efficacité repose principalement sur une participation élevée des utilisateurs. Or, certains peuvent être tentés de laisser aux autres le soin de fournir des évaluations, pour minimiser leurs efforts. Sans un nombre élevé de participants actifs, on peut douter de l’efficacité des systèmes de partage.


La question du nombre de contributeurs actifs est une « vielle lune » du web 2.0. Certains annoncent 15% de contributeurs actifs dont 1% produisent les 2/3 du contenu. Si on s’intéresse aux sources, en prenant une phrase d’une dépêche anodine de l’AFP du 18 septembre, on obtient, via google, 300 pages de contenus strictement identiques sur différents sites le 25/09 (et certains ne citent pas l’AFP !). Enfin, les blogueurs réputés savent parfaitement se co-citer activement pour rester dans le top des classements, ce qui réduit encore le nombre de sources.


La sagesse de certains est évidente, le partage de connaissances cela semble est indéniable, mais surtout : gardons un esprit critique.


Bernard Quinio

Maître de conférences – Université Paris Ouest

crédit photo


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