18 août 2007

Web2.0 : aggréger n'est pas tamponner


Revenant à quelques classiques dans le but de préparer un cours sur "l'environnement des affaires", je retrouve une idée essentielle de la théorie des organisations proposée en son temps par J.D. Thomson, dont la teneur est que pour rationaliser leurs activités centrales, les organisations doivent réduire l'incertitude de leur environnement en le lissant (smoothing) et en le filtrant par des tampons (buffering).

Si aujourd'hui, la logique d'agrégation semble emporter l'adhésion des innovateurs du Web, la multiplication d'outils tels que technorati , Del.icio.us et autres Wikio, sans compter des Netvibes et autres agrégateurs d'information, elle ne doit pas faire perdre de vue que l'intelligence, au sens d'une information qui facilite d'adaptation et la pertinence du comportement, se développe moins par l'accumulation que par le filtrage, la synthèse, et la structuration de l'information.

En ce sens les foules ont peu de chance d'être intelligentes, à moins d'être organisées, comme nous en avons émis l'idée lors d'un précédent billet. Cette organisation, où cette structuration passe d'abord par la distinction entre les composants stables et ceux qui sont plus incertains. L'élément stable réside dans les plateformes et la structuration dont elles font l'objet. De ce point de vue le choix des rubriques est un élément essentiel et la catégorisation ne peut se limiter à des mots clés.

Elle se poursuit par la mise en œuvre de processus de filtrage, les tags en sont une méthode, qui n'est pas forcément la meilleure dans la mesure où ils sont peu structurés. Une innovation majeure dans le domaine serait que les nuages de tags si populaires soient structurés par des techniques proches de l'analyse des similarités (MDS) dont l'intérêt est de représenter spatialement la proximité sémantique de deux tags ( cette proximité se calculant par des scores de co-occurence).

Il reste à mettre en oeuvre des mécanismes de synthèse, ou de tampon. Le lecteur de Wikio peut réaliser immédiatement ce que ça signifie, si l'agrégation des nouvelles à travers un large nombre de blog et d'autres sites de news est une bonne idée, la succession des posts qui répète à l'envie la même information à quelques modifications syntaxiques près, et particulièrement ennuyeuse. Et le système des notations y remédie faiblement (On pourrait au moins imaginer une sélection de la source : en effet la plupart du temps l'information provient d'une source unique les autres médias se contentant de la dupliquer).

Mais au fond cette idée centrale de la théorie des organisations nous ramène à une idée basique de l'éducation : apprendre c'est structurer la connaissance, c'est donner une valeur aux éléments factuels en fonction d'une architecture de concept. Moins que d'agrégation nous avons besoin de sites et de blogs qui affirment ces valeurs, en développant des concepts. C'est la fonction critique. Dans le langage des théories de l'organisation, ces experts d'un type particulier qui tamponnent l'information en la frappant du sceau du concept, sont appelés gate-keeper, ils gardent les frontières mais sont aussi des passeurs et veillent qu'à ce qu'au sein des terres ceux qui décident, consommateurs ou dirigeants, puissent le faire sans être débordés par la masse confuse et incertaine d'une information dont le volume croît exponentiellement en dépit de sa périssabilité.

2 commentaires:

Laurent B. a dit…

Particulièrement intéressant...
Cette notion de tampon a été pas mal reprise par Goldratt dans la Théorie des Contraintes d'ailleurs...

CB a dit…

Merci, effectivement on y retrouve bien cette vieille idée, juste un site pour les autres lecteurs :
http://www.management-par-les-contraintes.com/?sect=book1&cat=11&lang=fr