12 juillet 2007

Les mondes imaginaires

C'est assez curieux que dans lexique des technologies de la communication, un mot soit relativement absent : l'imaginaire. Et pourtant il est aisé d'imaginer, justement l'importance de cette catégorie de pensée.

Toro

Ecartons de suite un point de vue raisonnable qui conçoit cet accès étendu à l'information comme le phénomène central dont l'analyse permet de mieux rendre compte des transformations qu'elles apportent. Cet argument est celui de l'économie de l'information, il considère les technologies comme le moyen de combler une absence de ressources et conduit au diagnostic d'une amélioration des marchés. Ce point de vue pertinent n'est pas complet.

Ce qu’apportent les technologies de l'information n'est pas seulement le moyen de couvrir les tâches blanches de la carte, de remplir les rayons vides d'une bibliothèque, ou d'apporter le renseignement manquant d'une décision. C'est aussi la capacité d'imaginer, d'envisager des formes sans réalité, des scénarios possibles, des territoires à conquérir. Le sens du mot virtuel prend ici toute sa puissance. L'imaginaire est l'enfant de la virtualité, et s'il ne la réalise pas en acte et en objet, il se donne au moins à se représenter.

L'imaginaire est collectif aussi. Il possède son écologie, des lois peut être, et s'accumule depuis la nuit des temps, traçant dans ses forêts la route des mythes. Ses formes multiples ne se réduisent pas au langage et l'on ne sera pas étonné que l'art en a fait son jardin. Rêverie solitaire, projet artistique, proposition de pensée, l'imaginaire habite bien plus d'action et la décision que des informations manquantes ou des renseignements précieux.

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