1 juillet 2007

La valeur des choses (1)

Numérotons de suite ce post, car il y en aura bien d'autres sur le sujet. C'est au fond le seul sujet du marketing, et la question centrale de toute les sciences sociale. Comment et pourquoi chacun accorde une valeur telle qu'elle peut l'amener à décider et à agir.

Tant qu'à inaugurer, centrons le propos sur la question essentielle : la valeur provient-elle des choses, du soi, ou du rapport qu'on établit avec elles? Nombre de mes lecteurs critiqueront la forme de la question, y répondant d'avance que c'est dans le rapport que se construit la valeur. Nous reviendrons sur ce débat. Contentons-nous d'introduire ce débat par une idée fort simple : la valeur est l'espérance des plaisirs à venir, cette balance subtile des efforts que nous aurons à engager pour bénéficier des jouissances auxquelles ils nous donnent accès.

De ce point de vue, l'internet introduit une rupture remarquable : si les bénéfices ne sont pas altérés, le coût nécessaire pour les atteindre est largement diminué. La révolution des technologies de l'information et de la communication ne réside pas tant dans de nouvelles formes de jouissances, que dans l'accès facilité à des jouissances qui nous échappaient.

Pour le lecteur qui souhaite un exemple évoquons le cas de Meetic. Rien ne neuf sous le soleil de l'humanité que le désir de faire une vie avec autrui ou au minimum d'engager une transaction érotique, le fait est que dans l'environnement social donné à chacun, ce spectre de besoin demande pour être satisfait des efforts considérables. Pouvoir sur les doigts du clavier dans le confort d'un antre célibataire envisager une nuit d'amour ou son éternité, simplifie grandement la tâche requise pour bénéficier de plaisirs indicibles. Ne soyons pas étonnés que la scène de l'amour ait déménagé les bals, et les pots de fins d'année pour se fixer sur l'écran de nos ordinateurs.

L'amour reste intact dans l'infinité de ses désirs et de ses expressions, il devient plus accessible depuis les espaces que nous occupons dans nos moments d'intimités. Je devine les critiques qui affirmerons que l'internet modifie la sexualité, brandissant l'argument qu'un tel canal est aussi le lieu de joies érotiques. Nous répondrons que si le canal de la jouissance change de forme, sa nature profonde n'en a pas été modifiée. Nous ajouterons que si les formes de jouissances prennent des allures différentes, c'est que leurs expressions sont différemment possibles. Nous pouvons désormais nous contenter de satisfaction incomplète dans la mesure où elles sont incomplètes.

En pensant la valeur il faut penser les moyens par lesquelles elle se réalise. La valeur peut être grande quand l'espoir du désir est faible et que l'effort pour l'atteindre est minimal. Elle sera d'une égale intensité si les coûts sont immenses au bénéfice de jouissances inouïes. On imagine des degrés intermédiaires. Si le résultat en termes de valeur est équivalent, ses chemins sont multiples.

Ne reste qu'à penser que dans une société qui réduit le coût de l'accès au plaisir, on puisse de contenter de moins d'intensité. Les technologies de l'information réduisant le coût d'accès auront sans doute pour conséquences que de réduire la force du plaisir.

Aucun commentaire: